lundi 23 octobre 2017

Outlander tome 3 : Le voyage // Diana Gabaldon

outlander 4

Présentation des éditeurs :

Il s'est passé vingt ans depuis le périple de Claire Beauchamp-Randall dans l’Écosse du XVIIIe siècle. Elle a refait sa vie, mais le souvenir de Jamie Fraser est intact. Quand elle apprend qu'il a survécu, elle décide de remonter le temps à nouveau.

Mon avis : 

N'y tenant plus à la fin de la saison 2 d'Outlander (série) je me suis dit que continuer l'aventure avec les livres serait un bon moyen d'attendre la sortie des futurs épisodes. 
*Attention spoil * 
Ce tome porte incroyablement bien son titre puisque nous quittons les terres d’Écosse pour un grand et long voyage. La suite est moins une romance historique qu'un roman d'aventure ! 
En tant que fan de la première heure du couple charismatique Claire/Jamie j'attendais avec impatience leurs retrouvailles ... Il a fallu attendre de longs chapitres durant lesquels nous suivons Claire de retour dans son temps auprès d'un Franck peu compatissant et plutôt infidèle (un vrai goujat) et Jamie resté en Écosse au lendemain de la bataille de Culloden. 
Certains y trouveront des longueurs, pour ma part j'ai trouvé cette séparation intéressante puisqu'elle a permis à l'auteur de faire un focus sur ces deux personnages, sur leur personnalité en tant qu'individu et non en tant que couple. Loin de les désunir, cette séparation nous monte à quel point leur amour est fort et à quel point aucun d'eux ne peut oublier l'autre malgré la barrière temporelle. Si Claire retourne vivre auprès de son mari Franck pour le bien de sa fille Brianna jamais elle ne lui rouvrira son cœur, quant à Jamie, le bel écossais fait bien tourner des têtes mais la sienne est accaparée par les souvenirs de Claire.

Alors bien sûr lorsque Claire aidée de sa fille Brianna et Roger Wakefield (fils adoptif du révérend Reginald ) repartent sur les traces de Jamie Fraser et qu'ils découvrent ensemble qu'il est toujours en vie, il est évident pour tout le monde que Claire doit retourner dans le passé ...
Les retrouvailles sont dignes de Claire et de Jamie : chargées d'émotions, de désir et d'humour !
Chacun réapprend à apprivoiser l'autre en lui racontant son histoire, les années passées à s'imaginer, à se remémorer et à essayer d'oublier en vain. Outlander n'étant pas une série pantouflarde, nos deux amoureux ont bien peu de temps pour se conter fleurette puisque l'aventure les appelle au moment le moins opportun. 
Jamie, lancé dans une histoire de contrebande et d'impression de pamphlets illégaux se retrouve contraint de prendre la mer après que son neveu Petit Ian ait été enlevé par l’équipage d'un sombre navire. 
Voilà nos compagnons partis en chasse sur les mers inhospitalières menant aux colonies.
Je ne peux vous en dire plus sans révéler l'intrigue même de ce livre et ça ne serait vraiment pas sympa pour celles et ceux qui sont en train de le lire, ce serait dommage d'arriver à la presque fin d'un livre de 1000 pages et de se faire spoiler en quelques lignes !
* Fin du spoil*

En revanche je peux vous dire que c'est un régal de retrouver des personnages comme Fergus, il est bien surprenant ce bonhomme là, ou encore Jennie qui adore nous agacer ... Il a y des mariages et des non-dits, des enfants légitimes et des enfants illégitimes, des prisonniers et d'autres qui mériteraient de l'être, des amours impossibles et des unions improbables, des gens venus d'ailleurs et d'autres qui rêvent inlassablement de leur retour au pays. En parlant de pays, l’Écosse me semblait moins dangereuse que les colonies et sa verdure m'a manqué sous l'étouffante moiteur des Antilles. Mais ici on croise des pirates et des prêtres défroqués, on assiste à des rituels tribaux invoquant les êtres dans l'au-de-là, à des sabordages, à de la piraterie et bien sûr à de la sorcellerie. Ce tome 3 est un grand roman d'aventure et même si je n'en lis jamais je peux vous dire que j'ai adoré ça ! Je n'ai pas vu les pages défiler.
Jamie et Claire sont parfait, ils sont fidèles à ce qu'ils étaient des années auparavant, leur amour est intense et leur confiance aveugle. Un couple à l'amour pur qu'il me tarde de retrouver sur le petit écran.
En attendant, je me plonge bien impatiemment dans le tome 4 : Les tambours de l'automne.

Belles lectures à vous ...



dimanche 24 septembre 2017

Les oubliés du dimanche // Valérie Perrin


Les oubliés du dimanche

Présentation des éditeurs :

Justine vit avec son cousin et ses grands-parents depuis la mort accidentelle de ses parents. Murés dans le silence, ses grands-parents refusent d'évoquer le passé. Elle se tourne alors vers les résidents de la maison de retraite où elle travaille et écoute leurs souvenirs, comme Hélène qui dévoile un amour ayant survécu aux malheurs.

Mon avis : 

Un petit livre sympathique à lire pendant les vacances : voilà ce que je me suis dit en tombant sur ce bouquin. Une petite histoire mignonnette comme je les aime avec une jeune fille qui vit chez ses grand-parents et qui adore les personnes âgées, petite lecture réconfortante, les blogueuses et les lectrices qui me connaissent savent que je ne résiste pas aux histoires de grand-mères. Et bien détrompez-vous ! C'est une histoire terrible et magnifique à la fois qui se cache entre ses pages.

Justine et son cousin sont orphelins, ils vivent modestement chez leurs grand-parents, une vie réglée où chaque chose a sa place et chaque chose a son temps. Par amour et par sacrifice Justine travaille depuis quelques années pour permettre à son cousin d'aller vivre sa vie le jour venu, et ce n'est pas n'importe quel travail qu'elle exerce : elle est aide-soignante en maison de retraite. Là où les autres voient la vieillesse et la fin , elle entend histoires et amour, là où les autres voient la maladie et le temps perdu elle est patience et gestes tendres. Justine est la bonté faite femme, l'altruisme et la générosité. Mais entre les heures de soin, les heures d'écoute et celles passées en famille, Justine n'a que peu de temps pour vivre sa vie. Quelques heures seulement qu'elle passe à danser, boire et s’échapper d'elle même auprès d'un gentil garçon dont elle ne veut pas.

Deux circonstances vont raviver les heures monotones de sa vie de jeune femme. Tout d'abord son rapprochement avec Hélène, résidente emmurée dans son histoire d'amour  qui ne parle pas ou peu sauf à Justine. Elle lui confie son histoire passée, dans tous ses détails et ses parts d'ombres, la jeune aide-soignante connaît mieux cette femme que sa propre famille. C'est ainsi que son petit-fils lui demande de lui écrire la vie de sa grand-mère avant la fin. Une mission de mémoire portée par une jeune femme qui ignore tout ou presque de son propre passé, comme une ironie du sort.
Il y a également ce corbeau qui sévit au sein de la résidence. Un corbeau qui appelle les familles des résidents qui reçoivent le moins de visite et qui leur annonce leur mort subite. Au matin des familles endeuillées arrivent en larmes à la maison de retraite accablées ou soulagées selon les cas de s'apercevoir que l'être cher est bien vivant.
Deux enquêtes qui mèneront Justine aux portes de la vérité sur son histoire et celle de son cousin, sur sa famille et ses non-dits. Elle devra alors faire un choix irréversible : révéler l'indicible et la trahison ou se taire, faire la paix avec un passé que l'on ne peut plus changer et avancer vers une nouvelle vie.

Ce roman est plein de paradoxes, infiniment tendre et terrible à la fois, à l'image de la vie qui vient et qui s'en va, une ode aussi au personnel médical qui accompagne avec douceur les anciens vers l'autre rive. Et si un jour le chemin m'amène dans une résidence comme celle-ci alors j'espère y trouver une Justine pour lui raconter ma vie.

Belle lecture à vous ...














jeudi 21 septembre 2017

Mille soleils splendides // Khaled HOSSEINI

mille soleils splendides

Mille soleils splendides

... Ou la condition des femmes afghanes.

Résumé

Après l'immense succès des Cerfs-volants de Kaboul : le nouveau roman de Khaled Hosseini. Sur fond de chaos et de violence dans un Afghanistan déchiré par cinquante ans de conflits, l'histoire bouleversante de deux femmes dont les destins s'entremêlent, un chant d'amour poignant à une terre sacrifiée et à une ville : Kaboul. Forcée d'épouser un homme de trente ans son aîné, Mariam ne parvient pas à lui donner un fils. Après dix-huit années de soumission à cet homme brutal, elle doit endurer une nouvelle épreuve : l'arrivée sous son propre toit de Laila, une petite voisine de quatorze ans. Enceinte, Laila met au monde une fille. D'abord rongée par la jalousie, Mariam va finir par trouver une alliée en sa rivale. Toutes deux victimes de la violence et de la misogynie de leur mari, elles vont unir leur courage pour tenter de fuir l'Afghanistan. Mais parviendront-elles jamais à s'arracher à cette terre afghane sacrifiée, et à leur ville, Kaboul, celle qui dissimulait autrefois derrière ses murs " mille soleils
splendides "?

Mon avis

Je ne savais pas comment aborder cette lecture, sur un pays au lourd passé et aux lourds préjugés. Mais dès les premières pages j'ai ressenti la grande puissante du récit. Comment rester insensible au sort de ces deux femmes ?
Deux femmes mariées au même homme, deux enfances aux antipodes et pourtant un même destin brisé et austère fait de peur, de soumission et de violence. Mariam, résignée depuis longtemps à "endurer" et Laila, qui espère et qui se révolte malgré les violents assauts de Rachid leur époux commun.

Durant la lecture je ne peux m'empêcher de faire des parallèles avec ma propre vie ... notamment à l'évocation des années 2000, des sorties de films au cinéma alors interdites dans leur pays pendant que dans notre France insouciante et libre je m'y rendais en groupe d'amis ... On se demande alors pourquoi la liberté est-elle si variable à une époque pourtant évoluée.

La condition de la femme à Kaboul, et plus généralement en Afghanistan. 

Comme un héritage et voie à suivre, comme un fardeau que l'on se transmettrait de mère en fille, Nana dit à sa fille Mariam que les femmes sont sur cette terre pour endurer, endurer l'absence de considération, la tourmente, le mépris et la violence.
" De même que l'aiguille d'une boussole indique le nord, un homme qui cherche un coupable montrera toujours une femme du doigt ".
Jusqu'au bout Mariam, la sacrifiée, la lapidée, endurera, mais pas en vain. Grâce à elle Laila, le bonheur de sa vie, aura accès à la vie qu'elle espérait depuis l'enfance, celle d'une femme afghane libre.Ce roman m'a bousculée, il m'a fait prendre conscience du chemin que les femmes ont dû parcourir, et que les femmes parcourent encore, pour qu'un jour toutes puissent connaître le sens de l'expression "être libre". Et ces années noires pour la liberté qui viennent de passer me rappellent que rien n'est jamais acquis, alors je repense aux pages de ce livre, et j'en tremble.

 Belles lectures à vous ...

mercredi 20 septembre 2017

Outlander // Saison 1

Outlander saison 1

Le synopsis :

En 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Claire Randall fraîchement mariée, part avec son mari Franck Randall en Écosse pour que ce dernier puisse lever le mystère sur ses ancêtres qui furent au service de l'Angleterre au XVIIIème siècle. En se promenant dans les landes, Claire se retrouve transportée dans l’Écosse de 1743 après avoir posé la main sur un cercle de pierres à Craigh na Dun. Pour survivre, elle y est forcée d'épouser un Highlander, Jamie dont elle tombe amoureuse. La jeune "Sassenach", surnom donné aux Anglais de l'époque en Écosse, se retrouve alors déchirée entre deux hommes qu'elle aime, dont l'un, son mari coincé au XXe siècle...

Mon avis : 

Les séries d'aujourd'hui sont bien différentes de celles qu'on adorait il y a dix ans : la réalisation est empreinte de cinéma,  les acteurs sont excellents, les décors majestueux, les intrigues ficelées à la perfection tenant le fan en haleine jusqu'au prochain épisode. Bien sûr, terminées les saisons de vingt épisodes de trente à quarante minutes qui duraient 3 mois. La bonne jauge se situe davantage sur la dizaine d'épisodes pouvant durer jusqu'à une heure que l'on regarde, tels des marathoniens, en un weekend à peine. La qualité des séries rivalise sans vergogne avec le grand écran, les acteurs célèbres, qui n'ont plus à faire leur réputation, l'ont d'ailleurs bien compris et endossent volontiers les rôles majeurs à la télévision. Quant à la série historique, le genre qui nous intéresse aujourd'hui, elle s'est imposée d'elle-même en leader de ce qui est diffusé aujourd'hui. La liste est longue, à commencer par les géniallissimes Game of thrones , Vikings, Peaky Blinders, ou encore Médicis les maîtres de Florence.

C'est au hasard de recherches sur la plateforme Netflix que je suis tombée sur Outlander. Le nom ne me dit trop rien mais en lisant le synopsis voilà que je me rends compte qu'il s'agit de l'adaptation de la saga Le Chardon et le Tartan de Diana Gabaldon : 12 tomes au total mêlant l'histoire, le surnaturel et la romance. 
J'ai trouvé les deux premiers épisodes particulièrement convaincants. Le cadre est posé, les paysages d'Ecosse d'hier et d'aujourd'hui suffisent à vous mettre une claque visuelle, les acteurs sont beaux, élégants, honorables, on flirte avec le fantastique sans en faire trop, la bande-son celtique vous enveloppe dans une brume réconfortante, il ne m'en faut pas plus pour accrocher. 
Petit bémol (vite oublié) : la saison se perd durant quelques épisodes, dans un scénario un peu trop facile à mon goût, romantique et mielleux , contrastant avec le caractère rude et franc des highlanders tout autant qu'avec l’âpreté de la vie au XVIIIème dans les terres reculées de l’Ecosse, rappelons tout de même  que l'histoire se déroule à  Inverness.
Passée l'étape de séduction entre Claire et Jamie, que j'attendais plus "naturelle" , la série prend de la densité, de l'épaisseur autour du conflit sempiternel qui oppose les écossais et les anglais. La rébellion jacobite qui s'empare de l’Écosse n'a qu'un seul objectif : ramener la maison Stuart sur le trône royal. Jamie, Dougal et d'autres highlanders de la maison Mackenzie s'engagent à lever des fonds pour financer la révolte dans le secret des dirigeants, partisans du roi d'Angleterre et des tuniques rouges. Au même moment l'ennemi juré de Jamie croise de nouveau son chemin, celui qui l'avait fouetté au sang lui laissant son empreinte gravée sur la peau à jamais incarne LE méchant de la saison. Il est au service du roi, mauvais, vicieux, pervers, sadique, tenace et puissant. Black Jack Randall. Randall ? Oui ce nom nous dit quelque chose, c'est effet le nom de Franck, le mari de Claire au XXème siècle. Black Jack Randall, le mauvais n'est autre que l'ancêtre du premier mari de Claire.
Alors que l’Écosse plante doucement les jalons qui feront la grande bataille de Culloden quelques années plus tard, Jamie et Claire vivent les moments les plus horribles de leur existence, traqués  comme des bêtes. 
Les trois derniers épisodes de la saison 1 sont extrêmement difficiles, il y a des scènes malsaines d'une violence physique et psychologique qui peuvent heurter les personnes sensibles mais qui permettent aussi de comprendre leurs choix futurs. Un peu plus long que les autres il nous laisse entrevoir Jamie et Claire plus forts que jamais dans l'adversité, une Écosse fière et engagée, des perspectives qui réservent une grande aventure à travers le monde dans la saison 2. 

En conclusion, une série que je mets dans mon top 10 pour un tas de raisons, l’esthétisme des plans, le respect de l’œuvre écrite, la densité que prennent les personnages, les vraies surprises dans le scenario parce que c'est bon de ne pas regarder une série cousue de fil blanc, la dimension historique qui conditionnera les contours de l’Écosse d'aujourd'hui et les notes fantastiques qui lèchent l'histoire sans jamais l'envahir. Avec ça on  pardonne volontiers à la réalisation les quelques égarements et  mièvreries amoureuses du début.

A bientôt pour une plume qui vous parlera de la saison 2 et d'ici là bonne découverte à vous ...













lundi 18 septembre 2017

La nuit des béguines // Aline Kiner

La nuit des béguines

Présentation des éditeurs :
En 1310, alors que les querelles religieuses et politiques allument le bûchers, poursuivie par un mystérieux franciscain, une jeune femme en fuite trouve refuge au béguinage royal du Marais. Mais une célèbre béguine est bientôt soupçonnée d'hérésie. Une intrigue captivante portée par des héroïnes attachantes et insoumises, étonnamment modernes, qui donne à voir et à comprendre une époque et une communauté méconnues : vivant et documenté, un roman historique passionnant.
Mon avis :
Chaque année je pars à la découverte d'un genre de littérature, d'une nationalité, d'un thème ou  d'un lieu. Cette année c'est le roman historique sous toutes ses formes, un genre aussi vaste que riche. Une année ne suffira sans doute pas mais il faut bien commencer.
En cette rentrée littéraire, La nuit des béguines a été l'un des premiers titres que j'ai eu envie de lire, d'abord parce qu'il entre dans mon domaine de découverte mais aussi parce que j'affectionne particulièrement l'histoire des béguines depuis ma lecture de La femme au miroir d'E.E. Schmitt. J'ai d'ailleurs eu la chance de visiter deux béguinages en Belgique : celui de Bruges et celui de Gand , avec pour ce dernier une visite guidée inattendue et très instructive.
Pour ceux qui l'ignorent les béguines étaient des femmes célibataires ou veuves qui souhaitaient vivre librement, sans l'autorité d'un mari ou de Dieu. Elles vivaient en communauté dans des lieux appelés "béguinages" en respectant un mode de vie monastique sans pour autant avoir prononcé leurs vœux. En somme elles étaient libres de travailler, cultiver la terre, ou apporter des soins aux malades. Elles étaient également libres de retourner dans le monde, à savoir, se remarier.
Autant dire qu'elles étaient les seules femmes jouissant d'une totale liberté, échappant à toute forme d' autorité masculine, quoique conseillées par l'Ordre des Franciscains. Une insoumission qui en irritait plus d'un, voyant d'un mauvais œil l'existence d'une telle communauté. Et c'est ici leur extinction inéluctable qui nous est livrée.
Avec la plus douce et la plus juste des plumes, malgré la rudesse de la vie médiévale, Aline Kiner nous rappelle ou nous apprend, en écrivant ce roman, qu'un béguinage existait bel et bien au cœur de la capitale. Partant du procès de Marguerite Porete, béguine valencienne accusée d'hérésie et condamnée au bucher pour ses écrits, l'auteur  nous rappelle les dernières années des béguines grâce aux portraits de femmes dignes, solidaires, aimantes et courageuses.
L'histoire est un puzzle qui se reconstitue au fil des personnages. Ainsi Ysabel, béguine sage et guérisseuse, recueille devant la porte une jeune femme frêle et apeurée. L'apprivoisant avec patience, Ysabel apprend à déchiffrer Maheut la Rousse, doublement inquiétée par des noces qu'elle fuit et la couleur flamboyante de ses cheveux dans un temps où les buchers s'enflamment au nom de la purification. Se faisant mission de la mettre en sécurité, Ysabel fera appel à la solidarité de cette communauté. Au nom de la femme et de la vie, d'autres béguines aideront Maheut la Rousse à échapper à son destin. Mais bientôt l'avenir de la jeune femme  est compromis par l'arrivée d'un étrange franciscain encapé venu mener à bien les requêtes de son maître. Tous seront hélas reliés à  Marguerite Porete  la mystique, des ses premiers à son bûcher.

Je vous conseille ce roman, tant pour son envoutante écriture que pour son excellent travail historique. On vit, on entend, on sent Paris au Moyen-Age, ses odeurs, ses cris, ses commerces, ses intrigues, ses peurs collectives, ses ignorances tout en infiltrant le quotidien méconnu des béguines, fait de douceur, de retenue et de sagesse.
Un thème fort qui sort du lot en cette rentrée littéraire qui préfère les sujets de société actuels, quoique... la condition féminine à travers les âges est intemporelle.
Quant à Aline Kiner, c'est une plume que je vais suivre de près dans l'actualité littéraire.

Bonne lecture à tous et belle découverte à vous ...



vendredi 23 juin 2017

Manhattan people // Christopher Bollen

Présentation :

Joseph Guiteau, 33 ans, a quitté le Midwest à 18 ans pour se lancer dans une carrière d'acteur à Manhattan. Pourtant, il n'a jamais percé et une sombre malédiction semble planer au-dessus des hommes de sa famille qui meurent tous à 34 ans. Sa petite amie insiste pour se marier et obtenir une autorisation de résider aux Etats-Unis.
Mon avis :
Une fresque New-Yorkaise qui reflète bien mieux la réalité du rêve américain que bon nombre de soap-opera de mauvais goût. Et pour cause, son auteur Christopher Bollen, qui a réussi a se hisser au poste de rédacteur en chef du magazine Interview, connaît bien les turbulences de cette ville affamée, entre illusions et opportunités.
Le roman se développe autour de Joseph, trentenaire à la prestance naturelle, acteur de spots publicitaires convoitant le monde très select du cinéma.
Fraichement marié à Del, moins par amour que pour sauver la belle grecque aux prises avec les services de l'immigration, Joseph regarde avec distance, impassible,  ce qu'est devenu le rêve qu'il nourrissait en quittant le Midwest à 18 ans.
Elevé dans une culture conspirationniste qu'il a choisi de fuir, il n'est finalement pas dépaysé dans une Amérique post-attentats du 11 septembre et semble même attirer à lui toute sorte de personnages étranges persuadés de détenir des informations capitales concernant le gouvernement.
Coincé entre son meilleur ami William, acteur sans contrat, une ébauche de projet secret de long métrage engagé impliquant les lobbyistes de l'électricité américaine, et sa volonté de préserver Del de son infortune, Joseph tente d'échapper à une certaine malédiction familiale dont il ressent déjà les premiers symptômes.
Manhattan people ce n'est pas une histoire mais des histoires qui s'entremêlent et s'éloignent, c'est un roman qui nous emporte dans le tourbillon New-Yorkais, au travers des errances, des réussites et des échecs des protagonistes dans leur quête de succès.

Christopher Bollen livre ici une fresque sociale âpre qui traite essentiellement de l'immigration, du combo espoir/désillusion qu'elle draine pour chacun de ceux qui embrassent cette destinée, de l'homosexualité d'hier et d'aujourd'hui, de la peur de l'autre mais surtout de la peur de soi.
Un melting-pot  qui avait tout et qui n'a pourtant pas su me convaincre, le trop peu d'émotion m'a tenu en dehors des personnages. Cette écriture factuelle, qui semble malgré tout être le bon choix pour aborder la vie bouillonnante de Manhattan tient finalement le lecteur à distance, peut-être trop.

Ma préférence n'est plus à affirmer, l'écriture à la française a mon affinité, Manhattan people plaira davantage aux mordus de littérature américaine. A mi-chemin entre City on fire de Garth Risk Hallberg et la Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, ce roman reste un tableau étonnant de l'insaisissable ville de New-York et de ses habitants singuliers.

Merci à Babelio et aux éditions Le cercle Points  pour leur confiance et pour la découverte, la rencontre, cette fois, n'a pas été un rendez-vous gagnant, mais c'est en essayant qu'on y parvient.





mercredi 14 juin 2017

La mécanique du coeur // Mathias MALZIEU

Présentation des éditeurs :

Edimbourg, 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à. l'accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d'éviter toute charge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d'état amoureux. Mais le regard de braise d'une petite chanteuse de rue mettra le cœur de fortune de notre héros à rude épreuve prêt à toit pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu'aux arcades de Grenade et lui fera connaître les délices de l'amour comme sa cruauté. Conte désuéto-moderne mâtiné de western-spaghetti, La Mécanique du Cœur vibre d'une rugueuse force poétique où l'humour est toujours présent. Mathias Malzieu soumet aux grands enfants que nous sommes une réflexion très. personnelle sur la passion amoureuse et le rejet de la différence, donnant naissance à un petit frère de Pinocchio qui aurait fait un tour chez les Freaks de Todd Browning.

Mon avis :

Mon avis ne sera absolument pas objectif parce que j'adore les contes et notamment ceux qui baignent dans l'ambiance de Tim Burton. Donc vous l'aurez compris : ce livre est un coup de ♥ !!
De manière générale je suis facilement embarquée par les contes, mais d'autant plus vite lorsque l'auteur amène une touche de tristesse et de noirceur dans le personnage.
La mécanique du cœur n'est pas un conte de fée. Au final ce n'est pas un conte du tout. Juste l'histoire d'un enfant devenu grand et qui pour l'unique et dernière fois va connaître la passion et la déchirure qui l'accompagne. L'histoire d'un amour fou et de son chagrin en filigrane. Le souvenir d'une histoire que chacun porte au fond de soi.
Le personnage de Jack si touchant par sa fragilité apparente et sa différence s'assemble paradoxalement parfaitement avec la sulfureuse Miss Acacia, icône féminine malgré elle. Jack et Miss Acacia, un petit couple atypique auquel j'ai eu envie de croire ...
Mais comme dans toute relation passionnelle, le voile noir planant finira par s'abattre sur la belle idylle, et c'est en retenant mon souffle que je parcours les dernières pages.
Jusqu'à la fin j'ai espéré une autre issue ... Mais à quoi bon ? les histoires d'Amour finissent mal ... en général ;-)

Les plus :
* L'album du groupe Dionysos dont le leader est l'auteur du conte fait écho au livre.
* La présence de Georges Mélies, dans sa période de création de "Voyage dans la Lune"
* La rencontre avec Jack l'éventreur

Belle lecture à vous ... 

mardi 13 juin 2017

L'amie Prodigieuse // Elena Ferrante

Présentation :
Naples, fin des années cinquante. Deux gamines jouent à la poupée en bas de chez elles. Dans ce quartier défavorisé, elles vont nouer un lien indéfectible et tortueux, celui de l’amitié. Elena raconte leurs seize premières années et la vie de leur communauté, malmenée par des rivalités et des jalousies, prétexte à une certaine violence. L’éducation et la chance de faire des études ne sont pas choses faciles quand le destin tout tracé de ces enfants est d’aider la famille en travaillant très tôt. Lila est la plus brillante et aussi la plus féroce. C’est pourtant elle qui devra abandonner les études pour travailler à la cordonnerie. Elena, toujours derrière, continuera seule d’apprendre avec le sentiment de gâchis. Entre les deux, un équilibre étrange fait de fascination et de complicité les unit malgré tout. Elles ne sont jamais loin l’une de l’autre et cherchent leur place dans une Italie en plein boom économique. Un roman somptueux porté par la beauté de deux héroïnes inoubliables
Mon avis :
Un premier volet prometteur pour une saga napolitaine vibrante.
Je ne fais pas durer le suspens davantage, pour moi c'est un coup de cœur, de ceux qui me donnent envie de filer en librairie acheter la suite en croisant les doigts pour que la magie opère encore.  
Elena Ferrante, auteur inconnu, sous pseudonyme offre ici le tableau d'un quartier pauvre de la ville de Naples tout à fait authentique. Les familles, le voisinage intrusif, les petites guerres et les gros caïds, la poussière, la chaleur, les espoirs d'avenirs meilleurs, les rêves et les opportunités ... Pour moi le cœur de Naples bat dans chacune des lignes de ce livre.
Il y a bien sûr ces deux petites filles, aussi proches qu'opposées, liées par le sort l'une à l'autre. Elena a une amie prodigieuse, elle s'appelle Lila. Elle est unique, brulante, féroce, instinctive et tellement douée. Pour Elena, Lila est un miroir qui la rend meilleure. Toute sa vie est conditionnée autour de Lila, de ses avis, de ses conseils, de ses centres d'intérêts, de ses résultats scolaires. Elena veut briller autant que Lila, une façon pour elle de se sentir à égalité.
Mais la vie ne donne pas la même chance à tout le monde, c'est ainsi que Lila, empêchée par sa famille arrête l'école pour entrer dans la cordonnerie de son père alors qu'Elena, encouragée, soutenue par son institutrice et sa famille poursuit des études supérieures.
C'est ici que l'équilibre de leur amitié se fissure. Leur personnalité changent, Lila qui entre étonnamment dans le rang de ceux qui acceptent leur sort et Elena qui devient l'élève brillante sans miroir pour s'évaluer, sans but, sans objectif.
Un sentiment de gâchis qui les unit autant qu'il les sépare, donnant du corps à cette amitié qui aurait dû s'étioler de fait et qui paradoxalement devient plus solide encore.
Chacune veillant sur les lendemains de l'autre, à distance. Et doucement les rôles s'inversent, Elena devient l'amie prodigieuse de Lila.
Lila veut la voir briller, réussir, se sortir de ce monde auquel elles sont engluées. Elena doit réussir à vivre la vie qui  a été refusée à Lila. Mais saura-t-elle prendre son envol sans elle ? 
Comme un roman initiatique grâce auquel on traverse l'enfance vers l'âge adulte, L'amie prodigieuse pose les moments forts de leurs jeunes vies,  le drame irréversible des chances manquées et celui de la réussite amère qui conditionneront les femmes qu'elles seront bientôt.
 Il est difficile d'échapper à sa naissance, Elena Ferrante nous le démontre ici avec brio.

Et le petit plus que je ne boude pas, l'auteur m'a donné une folle envie de voyager, j'irai découvrir Naples, la côte amalfitaine et l'ile d'Ischia un de ces jours que j'espère pas si lointain ;-)
Et merci aux louloutes qui ont participées à cette lecture commune, voici leurs avis :
Missmolko1
XL


vendredi 24 mars 2017

Les derniers jours de Rabbit Hayes // Anna McPartlin

Présentation :
Lorsque Mia, que l'on surnomme Rabbit, entre en maison de repos, elle n'a plus que neuf jours à vivre. Tous ses proches sont à ses côtés pour la soutenir et s'interrogent sur leur vie et la manière dont ils vont se construire sans Mia qui leur apporte tant.

Mon avis:
Une vraie surprise que ce condensé d'amour, un livre qui ne fait pas dans le pathos mais qui transpire une envie de vivre à chaque page et de la part de chacun des personnages.
Il n'est pas évident d'écrire sur un sujet aussi sensible que les derniers jours d'une femme malade sans faire pleurer le lectorat.  McPartlin l'a fait , avec beaucoup d'humanité, beaucoup de rire et beaucoup de réalisme.

Nous découvrons Mia, surnommée Rabbit, petite quarantaine, maman d'une merveilleuse adolescente nommée Juliet. Une femme forte, positive, déterminée, artiste, qui a vaincu le cancer du sein une première fois et qui pensait vraiment s'en être sortie, avant que celui-ci récidive massivement, prenant place un peu partout dans son corps.
Ce livre c'est en fait une histoire d'acceptation. Accepter qu'on va s'en aller. Accepter que l'autre parte. Donner le meilleur de soi malgré tout, se souvenir du meilleur de l'autre, préparer ceux qui restent et accompagner celui qui part. Nous suivons tous les membres de cette famille sur ce chemin de l'acceptation et ils sont tous tellement humains !

Juliet , la fille,  bien sûr dans le déni. Cette adolescente qui ne connait pas son père ne peut pas accepter que son seul parent l'abandonne. Elle ne se pose aucune question sur l'avenir, elle voit tout à court terme et pour cause. La grand-mère, personnage haut en couleurs forte comme un rock, dotée d'une sensibilité à fleur de peau. Elle fait toujours preuve de courage et serait prête à retourner le monde entier pour trouver une solution à sa fille, prête même à payer un faux-chamane si cela pouvait la sauver ! Le grand-père, perdu, incapable de laisser partir sa fille préférée, la seule qu'il a vu naître, sans s'effondrer. La sœur, en colère contre le monde entier, la meilleure amie, qui la traite comme si tout allait bien, et  le  frère Davey ( mon préféré ) qui est parti vivre loin d'eux,  dans un autre pays, qui mène une vie de bohème entre les concerts et les périodes d'enregistrement avec son groupe de country.

Davey est celui qui est le plus proche de sa sœur affectivement, ils ont partagé un tas d'expériences ensemble pendant leur adolescence , période où Davey a monté son premier groupe avec ses amis, dont Johnny. Johnny c'est l'amour contrarié de Rabbit. Celui qu'elle a aimé par dessus tout et depuis toujours. Johnny est mort très jeune, la sclérose en plaque emportant avec elle le beau rockeur écorché. Rabbit partage avec nous et avec Davey ses plus beaux souvenirs tout au long du livre et Davey l'aide en quelque sorte à partir rejoindre son amour perdu sereinement. Il a ce recul que les autres n'ont pas, cette conscience de la mort imminente de sa sœur, cette volonté de protéger Juliet au mieux et faire perdurer l'éducation que sa sœur avait choisie pour elle.
La fin du livre est inéluctable mais pas triste pour un sou. On sait que la vie ira bien pour ceux qui restent malgré les blessures. On sait que Rabbit ne souffre plus et que là haut elle pourra enfin vivre avec Johnny tout ce que la vie ne leur a pas permis du vivant.

On en tremble, on en rit, on en pleure ... De l'émotion pure, belle et intelligente. Jolie pépite qui donne envie de suivre de près cette Anna McPartlin.

mardi 21 février 2017

Heureux au travail // Caroline Franc


Présentation :
Soyez enfin épanoui au travail grâce au pouvoir de la pensée positive et du sourire. Ce livre vous propose de voir la vie du bon côté en vous donnant des outils simples et positifs pour vous sortir de 52 situations de crise courantes dans la vie professionnelle (le collègue qui cherche à vous piquer votre place, le collègue qui veut faire de vous son meilleur ami) : le tout avec le sourire et avec humour !

Mon avis :
Voilà un bien utile petit manuel de survie dans le monde du travail déniché grâce a l'opération Masse Critique de Babelio, un grand merci aux éditions FIRST pour leur confiance dans ce service presse.

Ici pas de grandes théories psychanalytiques floues qui nous échappent,  pas de remontées fulgurantes dans l'enfance pour comprendre notre possible inadaptation au monde de l'emploi mais une série de fiches pratiques et drôles sur des situations données. Écourter une réunion, comment gérer notre petite idylle avec le nouveau stagiaire, comment éviter un collègue super relou : ce petit manuel vous dit tout !
Évidemment vous ne réglerez pas de réels problèmes avec ce livre si tel est le cas et que vous cherchez de vraies réponses passez votre chemin. Si vous avez un vrai conflit il vous faudra bien plus que ce condensé d'exemples de mini-crises.
Ce petit bouquin est fait pour les employés bien dans leur boulot qui trouveront de petites astuces  pour solutionner ou anticiper de petits problèmes ou éviter des situations gênantes.
C'est essentiellement drôle , distrayant et les situations cocasses vous rappeleront forcément des souvenirs. Vous reconnaitrez forcément un moment de votre vie professionnelle et vous vous direz sans nul doute " mais pourquoi n'ai-je pas fait ça ! ". La prochaine fois vous saurez quoi dire quoi faire  et aurez les ingrédients nécessaires pour peaufiner votre petite riposte sans provoquer de cataclysme !
Merci babelio pour ce moment de fraîcheur :-)

dimanche 5 février 2017

California dreamin // Pénélope Bagieu

Présentation :
Ellen naît en 1941 dans une famille juive de Baltimore et, petite déjà, rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, mais sa personnalité aussi excentrique qu'attachante cache une faille de taille : Ellen est boulimique. Et grosse. Trop grosse pour espérer un jour devenir une star. Pourtant quand, à 19 ans, elle devient Cass Elliot, c'est pour échapper à son avenir de vendeuse de pastrami et tenter sa chance à New York ! C'est là que, happée par la folk de l'époque, Cass tombe amoureuse de Denny, le chanteur des Journeymen…

Mon avis :
Cette BD retrace le parcours de Cass Elliot, de sa naissance à la création du groupe folk The Mamas and the Papas ou la triste histoire de sa célébrité.
Ellen de son vrai prénom nait dans une famille juive passionnée de jazz, et quelle chance ! Elle sait incroyablement chanter. Certes elle est grosse, disgracieuse, un peu envieuse et excentrique à souhait mais surtout elle chante comme une déesse et elle le sait !
Adolescente mal dans sa peau elle se compose un personnage bouclier, explore tous les excès qui lui permettent d’oublier qui elle est, alcool, drogue, sexe sans lendemain … Au fond d’elle, elle rêve sa vie plus belle, plus scintillante, et ne refuse aucun défi qui lui permettrait de s’en approcher.
Evidemment personne n’est indifférent à sa voix, à ses interprétations personnelles, à sa créativité débordante infidèle à son jazz maternel, flirtant entre la folk tendance et un rock avant-garde.

Le paradoxe est frappant entre son indéniable talent et sa tristesse intérieure. Parce que même si elle est adulée, enviée par les jeunes filles de son époque, prise pour modèle, Mama Cass est seule et triste.Tous les hommes de sa vie ne sont que des amis, aucun ne l’envisage pour une vie à deux, et nombreux sont ceux qui la blessent. Surtout Denny son partenaire, son ami fidèle. Il est évidemment son amour secret, sa faiblesse cachée, celui qui, sans le savoir la brise à petit feu, chaque jour davantage en regardant avec envie la belle Michelle,  aussi membre du groupe.

La BD s’ouvre et se ferme sur la même scène : l’interview de plusieurs jeunes filles fans de Mama Cass, « La préférée de tout le monde » « on veut toutes être comme Cass » disent-elles …
Oh rien n’est moins sûr …

Dans cette bande dessinée restituée en une sorte de journal à plusieurs voix, on trouve le témoignage de toutes les personnes, de toutes les rencontres qui ont mené Ellen vers le succès, du premier homme qui a su l’aimer, Alan,   jusqu’au producteur du groupe.

Le crayon de Pénélope est urgent et sa plume libre, certains pourront en être gênés, pour ma part j’ai trouvé ce choix juste et fidèle à la personnalité de Cass. Un bel hommage à l’une des plus belles voix folk des années 60-70.

Je vous invite à prendre une pause douceur en sa compagnie  ;-)






 

mercredi 1 février 2017

Nymphéas noirs // Michel Bussi

Présentation :
 Tout n'est qu'illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels. Au coeur de l'intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit tout et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs. Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps.


Mon avis :
 C’est un polar qui rappelle forcément les histoires d’Agatha Christie, tant pas le décor policé, parfait, que par la construction de l’intrigue. Je ne vais pas m’attarder sur l’histoire assez bien présentée par le 4ème de couverture, ni sur l’attrait des personnages aussi attachants qu’agaçants. J’ai envie d’insister plutôt sur la construction de ce polar, sur l’effet manipulatoire de l’auteur parce que c’est ça, pour moi, la grande découverte en lisant mon premier Bussi. Sa capacité à contrôler le suspens , à nous imposer son idée des choses …

 L’histoire se déroule donc dans le village de Giverny, premier village normand après la région parisienne, notamment connu pour être le village du grand peintre impressionniste, Monsieur Monet ici nommé. Tout y est bucolique, comme figé dans sa perfection picturale pour répondre aux attentes de l’incessant flux touristique. Deux grandes rues, une école, un café, quelques commerces de proximité, un joli parc, un prés, plus loin, un lavoir, la demeure Monet, un étang, deux cours d’eau et … le moulin de la sorcière.
La description des lieux est parfaite, merci monsieur le géographe !

Le meurtre peut donc entrer en scène.

L’histoire s’ouvre sur une prise de parole, comme une voix-off qui interviendra tout au long du livre tous les 3-4 chapitres. Cette voix c’est la vieille. La sorcière du village. Elle sait tout sur le mort. Elle sait tout sur les habitants de ce village pas si parfait. Elle connaît bien leurs secrets, leurs travers, leurs faiblesses. Elle sait tout, nous suggère aisément mais ne nous dit rien, la chipie.
Les flics trouvent donc un corps. Le cadavre d’un ophtalmologue respectable quoiqu’infidèle notoire. Quelque chose dérange les inspecteurs : le mode opératoire est étrange, triple en fait. Comme si plusieurs personnes, 3 exactement étaient intervenues sur le cadavre. Trois modes opératoires. Trois pistes qui se dessinent.

Les dés sont jetés, la manipulation Bussi peut commencer !

Parce que cet auteur est génial, il nous manipule de la première à la dernière page. Il nous ballotte, nous laisse à penser que, mais revient sur son indice en en glissant un autre qui semble meilleur avant de le retirer à nouveau. Ça ne vous rappelle rien ? Il était une fois Dix petits nègres … et un déroulé aussi déroutant que frustrant. L’effet Christie est de retour !
Pour ma part j’ai lu ce livre dans un état d’urgence parce que j’étais frustrée de ne pas comprendre. J’étais intimement convaincue que j’avais tout en mains, toutes les cartes, toutes les réponses sans les voir vraiment. J’ai rapidement compris deux choses : Bussi nous manipule et la vieille sorcière est capitale.
Bussi nous donne absolument toutes les informations, mais, d’une manière qui nous impose un seul et unique mode de compréhension, d’assimilation. Et nous passons à côté de la vérité tout au long du livre, en haleine et épuisé de n’avoir rien compris à cette affaire.
 
Jusqu’à cet épisode final. Quel final, quel coup de théâtre stupéfiant. C’est à la toute dernière page que le puzzle se termine.
Alors,  on a une vue d’ensemble, quelques secondes sont nécessaires pour réaliser ce qu’il vient de se passer dans ces 493 pages… Un sanglot s’étrangle lorsqu’enfin on comprend cette histoire.
Une fin aussi belle qu’infiniment injuste.
 
Une bien surprenante rencontre avec l'auteur Michel Bussi, chapeau bas Monsieur, vous m'avez bien eue !
 
 
Lu dans le cadre du café littéraire de la Médiathèque Alb'oru sur le thème du roman policier français.
 

mardi 17 janvier 2017

Harry Potter et l'enfant maudit // Jack Thorne



Présentation :
Cette pièce met en scène les nouvelles aventures d'Harry Potter dix-neuf ans après la fin de la saga de J.K. Rowling. Désormais employé au ministère de la Magie, marié et père de famille, Harry Potter est débordé. De plus, son passé se manifeste par l'entremise de son plus jeune fils, Albus Severus, en butte avec le lourd héritage familial. Père et fils doivent s'unir pour affronter les ténèbres.

Mon avis :
Ce qu’il est important de rappeler avant de commencer à donner mon avis sur cette pièce, est le fait que non, elle n’est pas à considérer comme une suite de la saga parue il y a quelques années et que non JK Rowling n’en est pas l’auteur.
Si JK a donné son accord pour la pièce après avoir exercé son droit de regard comme son droit de correction, elle n’en est pas l’auteur pour autant. Il faut prendre Harry Potter et l’enfant maudit pour ce qu’il est, une pièce de théâtre mettant en scène les personnages et l’univers de JK. Les pastiches s’inspirant de Doyle ne sont pas du Doyle, cette pièce inspirée des créations de JK n’est pas du JK.

Et je le précise parce que je suis tombée dans ce piège. Pendant un moment, dans ma lecture j’ai formulé pleins de reproches à cette pièce parce qu’au lieu de la considérer comme une pièce, je voulais qu’elle soit une suite ! Le personnages de Delphi peu développé, intrigue un peu facile, une dimension temporelle parfois floue, parfois trop pressée … Mais c’est bien là la contrainte d’une pièce de théâtre. Elle se joue sur scène, sans plans filmés, sans chapitres de cent pages détaillés. Avec quelques éléments de décors, et juste les personnages et leur texte pour livrer ce qu’ils sont.
Alors compte tenu de ce paramètres-là, je dis que c’est une bonne pièce, une pièce qui restitue bien l’univers magique d’Harry Potter, avec de vraies problématiques comme celle qui sépare Harry et son fils Albus, vouté sous le poids de l’image héroïque du père, comme celle de l’effet papillon qui peut déséquilibrer l’histoire du monde, où celle des prophéties qui parfois nous échappent.
L'histoire maintenant ...C'est sans conteste avec un immense plaisir  que j’ai replongé de nouveau dans cet univers réconfortant qui a nourrit l’imagination de mon adolescence et qui a fait de moi une adulte pleine de rêves. Qui n'y cèderait pas d'ailleurs ? La vapeur du Poudlard express, les berges du lac, la cérémonie du choixpeau magique et enfin l’attribution des maisons.
Albus est un enfant tourmenté qui cherche à faire ses preuves, à exister par lui même et se défaire de l'héritage héroïque de son père. Ses amitiés son étranges de prime abord, et son désir de se distinguer l'amène à commettre une grave erreur qui pourrait ramener les ténèbres passées.
Au travers de leur quête de justice nous revivions les moments les plus importants de l'histoire de la Saga, nous plongeant parfois dans le regret d'avoir perdu des personnages tellement cultes. Qui ne rêverait pas de ramener à la vie le grand, l'immense Dumbledore, ou l'emblématique Professeur Rogue ?
Albus et Scorpius ont le moyen de le faire, mais le prix à payer pour changer l'histoire est lourd, très lourd. Albus et son ami, comme Harry, Hermione et Ron au même âge, devront faire des choix capitaux. Seront-ils aussi braves qu'eux ? Lisez donc la pièce et découvrez les surprises réservées par Jack Thorne.
Des retrouvailles agréables, qui me font tellement espérer qu'un jour JK. Rowling reprendra sa plume pour Harry.

dimanche 8 janvier 2017

La danse hésitante des flocons de neige // Sarah Morgan

Présentation :
Noël. Kayla Green redoute cette date et, comme chaque année, elle prévoit de s’enfermer dans son bureau de Manhattan avec une surdose de travail. Mais un gros budget de relations publiques l’envoie en fait dans le Vermont : celui de Snow Crystal, apporté par Jackson O’Neil, qui dirige un groupe de stations de sports d’hiver de luxe. Pour Kayla, ce petit miracle de Noël ne va pas sans inconvénients : primo, la neige, le ski, les snow-boots, tituber sur la glace en talons hauts…, ce n’est vraiment pas son idéal ; secundo, Jackson O’Neil a une famille, une de ces familles aussi unies que les mailles d’un tricot bien serré qui rappellent douloureusement à Kayla qu’elle a toujours dû se débrouiller seule. Mais il y a pire encore pour elle que Noël, la famille et autres calamités : c’est Jackson. Jackson, qui a tous les atouts en main pour faire fondre le cœur de glace qu’elle s’est si difficilement façonné…

Mon avis :
Comme chaque année à Noël, je m'accorde une pause douceur, un livre bien romantique typique de Noël. Je n'ai pas cherché longtemps, la collection &H des éditions Harlequin nous en offre quelques uns et même de très bons.
Je prends d'ailleurs une minute pour parler de cette maison d'édition souvent boudée et dénigrée. Je vois toujours la même expression critique ,  la même remarque dédaigneuse " Ah bon ? Tu lis Harlequin ?". Oui j'en lis, et je précise même qu'il n'y a pas meilleure maison d'édition, à mon avis, en ce qui concerne les comédies romantiques réconfortantes et policées. Plusieurs collections ont été développées dont &H et l'on y trouve de bons auteurs qui peuvent rivaliser sans aucun problème avec nos Levy, Musso et Gavalda . Alors n'ayez pas honte, lecteurs Harlequin ! Si l'on assume sans se poser de question de lire un Musso il en va de même pour cette maison d'édition ! A bas les préjugés ! Voilà, j'ai terminé, du moins sur ce point ;-)

Les points forts ce de livre ne résident pas forcément dans l'histoire elle même, qui est somme toute assez récurrente dans la thématique des romans de Noël : une rencontre improbable, un enjeu professionnel, un lieu magique, des gens adorables, une communauté soudée, un amour naissant et une fin heureuse. Voilà en bref le plan du livre. Déjà lu ? Peu original ?
Et alors ?  C'est personnellement ce que j'attends d'un bon livre romantique de Noël ! Du confort, du réconfort et du chocolat chaud, un point c'est tout !

Ce que j'ai aimé par dessus tout dans ce livre, et ce que j'y cherchais aussi,  c'est le dépaysement ... Un vrai voyage, un pur régal.
Sarah Morgan nous emporte avec elle dans le Vermont, au cœur d'une station de sports et de loisirs d'hiver. Nous posons nos valises dans un chalet fait de rondins, avec une cheminée qui crépite en permanence dans un salon aux baies vitrées immenses offrant une vue plus que magistrale sur la forêt enneigée ... Je me pâme d'envie et résiste malgré tout  à la réservation compulsive d'un hôtel dans le Jura.
Kayla est une terrifiée de Noël  et Jackson, son prétendant, brille d'ingéniosité pour la réconcilier avec la période pour notre plus grand bonheur à nous, les vraies mordues. Tout y passe, tout y est féérique, une ballade en forêt pour choisir "le" sapin qui trônera fièrement pendant les fêtes, la confection de gâteaux décorés, odeur flottante de pain d'épices, sortie en traineau tiré par des chiens loups jusqu'à la cascade légendaire du village qui a vu nombre de demandes en mariage, calèche et chevaux des montagnes, patinage au clair de lune sur le lac gelé ... Mes vacances de rêves !
Chaque génération d'homme chez les O'Neil a vu débarquer une étrangère sur les pistes enneigées. Chacun d'eux en est tombé fou amoureux. Aucune d'elles n'est jamais reparties. Kayla fera-t-elle perdurer la légende des O'Neil ?
 
Je vous laisse découvrir la suite et je vous prescris une bonne tasse de chocolat chaud, un plaid, un bon feu et quelques chants de Sinatra en sourdine qui sauront accompagner, que dis-je, envelopper ce doux moment de lecture ... 

dimanche 1 janvier 2017

Amélia // Kimberly McCreight

Présentation :
Kate élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. Malgré un travail prenant, elle se croit proche de cette adolescente mature et épanouie, jusqu'au jour où cette dernière saute du toit de son école. Bouleversée, Kate reçoit un SMS anonyme insinuant qu'il ne s'agirait pas d'un suicide. La vérité se trouve peut-être sur les réseaux sociaux, dans les textos ou les mails de la disparue.
Mon avis :
Voici un premier roman particulièrement addictif. Il y a peu de répit, peu de temps mort pour le lecteur.
Reprenons brièvement les faits ...
Kate est devenue la maman d'Amélia très jeune, cet accident est devenu son plus grand bonheur. Le père ? Inconnu ... Un énigmatique grand voyageur rencontré dans un bar un soir, avant le départ vers un ailleurs aussi lointain qu'improbable pour Kate. Depuis sa vie tourne autour de son bébé , devenu une petite fille remarquable, puis une adolescente autonome et brillante. La vie de Kate n'est pas parfaite mais elle est heureuse dans son travail et fière de son joyaux de fille.
Amélia n'a pas la même vision des choses. Amélia est très mal dans sa peau. Elle cherche sa place partout sans la trouver. Elle sait que sa mère ment. Que son père n'est pas ce voyageur rencontré dans un bar. Elle fait un mauvais choix puis se tait. Enchaine d'autres mauvais choix jusqu'au matin où sa mère est appelé par le lycée.
Amélia a sauté du toit.
Voilà le condensé des premières pages du livre. Autant dire que Kimberly Mccreight ne ménage pas son lectorat.
L'histoire du livre se construit dès cet instant. Au moment où Kate comprend qu'elle a perdu sa fille. Que sa fille s'est suicidée. Que son unique raison de vivre est morte, pour toujours. Nous suivons cette femme dans son impensable deuil, dans son refus de retourner à la vie. Dans son impossibilité a respirer l'air d'un monde où sa fille ne vit plus.
Kate, jeune maman pétillante , juriste accomplie devient  une ombre. Rien ne semble pouvoir la tirer de sa torpeur.
Rien, sauf ce message anonyme reçu un matin : "Amélia n'a pas sauté".
Un message qui lui fait aussi mal qu'il la soulage. Non sa fille n'a pas sauté.  Amélia si forte, si brillante, si intelligente si combative n'aurait jamais pu sauter. Au fond d'elle, elle le savait. Mais alors ? Sa fille aurait-elle été assassinée ? Quelqu'un aurait-il enlevé la vie de sa précieuse petite fille ?
Kate devient alors une mère qui cherche, une mère qui trouve. Nul doute qu'elle n'était  pas préparée a découvrir qui était vraiment sa fille, ce qu'elle a dit, ce qu'elle a tu, ce qu'elle a fait.
De terribles réponses qui  peu à peu déconstruisent tout ce qu'elle savait, qui révèlent de fracassantes vérités sur sa fille comme sur elle. 
Et voilà la grande force de ce roman,  pas l'histoire d'un deuil, ni  l'enfer d'une mère face à la perte de son enfant. Mais l'histoire de la cause de cette mort prématurée.
Parce que l'adolescence est un lieu terrible où certaines âmes périssent.
Parce que les mondes virtuels sont cruels et que les crimes y restent impunis parce qu'inconnus.
Parce que l'on pense naïvement que l'on protège les enfants aujourd'hui mieux qu'hier alors qu'ils n'ont jamais été aussi exposés.
Parce que les enfants des années 2000 mènent souvent une double vie et que leurs parents, ignorants, ne peuvent plus les protéger de leurs bras rassurants.
Un focus épatant sur le nouvel enfer 2.0, le harcèlement, les dangers virtuels et la différence ...