jeudi 25 janvier 2018

Moka // Tatiana de Rosnay

Moka june histoire de plumes

Présentation des éditeurs : 

Un accident de la circulation, un enfant dans le coma, une famille qui explose et une mère qui ne renoncera jamais à découvrir la vérité

Mon avis : 

Je suis ravie d'avoir sortie ce livre de ma Pal, il y était depuis un bon bout de temps mais j'ai toujours privilégié d'autres lectures, allez savoir pourquoi. Je remercie d'ailleurs A little bit dramatic , qui m'a donnée un petit coup de pouce avec  son Challenge des douze thèmes, vous l'aurez compris, un mois un thème. Que lisons-nous en janvier ? « Silence, ça tourne » → un livre adapté au cinéma ou en série télé. Pour moi ce fut donc Moka de Tatiana de Rosnay.

On entre dans l'histoire dès le début, elle est enclenchée assez  rapidement par l'auteur, quelques pages à peine suffisent à poser le cadre. Une famille franglish à qui l'on a tout à envier, un savant mélange de réussite et de paix, avec appartement à Paris et maison secondaire à Saint-Julien, vacances en Italie ... Lui anglais grand, fiable, flegmatique, un peu distant avec un charme à l'anglaise, elle française, plus sensible, spontanée, traductrice free-lance, deux enfants, pleins d'amis. Aucune famille n'est infaillible, celle des Wright non plus, sous le calme apparent le naufrage attend son heure. Un coup de téléphone un mercredi; un enfant renversé; un chauffard en fuite; un coma dont on ignore tout, et les failles infimes accumulées le long des années deviennent béantes. 
C'est ce naufrage que raconte si bien Tatiana de Rosnay en concentrant le drame autour de Justine, la mère, autour de sa douleur au fond du ventre qui peu à peu s'installe partout dans son corps, qui s'empare d'elle jusqu'à l'étouffer et l'écarter des siens. Face à son Malcom, 14 ans, plongé dans le coma, pâle comme la mort, elle est comme tétanisée, incapable de le bercer de sa voix, de l'aider à revenir au monde. Non, son instinct maternel à elle se porte ailleurs. Qui a pu faire ça à son fils ? Qui a pu le renverser et fuir ? Qui a pu laisser un adolescent pour mort sur le bord de la route ? Qui ? 
Les premiers témoignages  convergent rapidement, une femme était au volant. Ils n'avaient envisagé qu'un homme pouvant être le chauffard, jamais une femme.
Alors que la rage s’empare de Justine, son mari Andrew affiche un calme surréaliste, tranquille, confiant envers les enquêteurs, confiant sur l'avenir de leur fils. La rage et le flegme. Un choc culturel, parental, conjugal. Le couple s'effrite, la famille se désintègre, tous éloignés par leur douleur. Justine prend alors conscience qu'elle ne pourra aider son fils qu'après avoir compris comment et pourquoi une femme, peut-être mère a pu commettre un acte aussi abjecte : laisser son fils au bord du trottoir.
Armée de sa colère et de son effroi, elle décide de partir en chasse.

L'angoisse est saisissante tout au long de l'histoire, et dérangeante aussi , parce que l'on ne comprend pas qu'elles sont les intentions de Justine. Peut-être la vérité mais peut-être aussi la vengeance. Sa fébrilité, ses incertitudes, sa douleur profonde la rendent mère universelle, nous interrogent sur notre façon d'appréhender le drame de la perte d'un enfant et de l'injustice qui ne punirait pas son coupable. Sommes-nous capables de connaître la vérité sans exiger la punition, pourrions-nous en arriver à faire justice nous-mêmes ? Au-delà de la dimension légale c'est l'instinct maternel que Tatiana de Rosnay questionne ici. C'est d'ailleurs lui le vrai "personnage" du livre.

Une lecture qui serre le ventre, qui dérange par moments, parce que Justine n'espère pas, aucune ligne sur son espoir de voir Malcom se réveiller, juste sa peur de le perdre. J'espère de tout cœur que le réalisateur qui a adapté ce roman en film en aura respecté l'essence, sans trahir l'attente, la traque, l'angoisse, les doutes, les murs qui s’érigent entre les membres de cette famille et qui les isolent, tout ce qui rend leur histoire nôtre. Je ne peux pas utiliser les termes "belle découverte" "coup de cœur" , on parle ici d'un enfant dans le coma renversé par une femme lâche, on parle ici d'un livre qui traite le drame. Pourtant, ce livre je vais le conseiller à d'autres, encore et encore. 

Belles lecture à vous ...

June - Histoire de plumes.





 







6 commentaires:

  1. Oulala, il a l'air archi intense ! Depuis que je suis devenue maman, j'avoue que j'ai du mal à lire ce genre d'histoires, ça me remue trop... Même si j'admire la plume de Tatiana de Rosnay.

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    1. J'ai retrouvé l'urgence de la plume qu'il y avait dans Elle s'appelait Sarah et Le coeur d'une autre. Merci pour ton com ;-)

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  2. J’ai des frissons à te lire, alors j’imagine déjà
    Ce que ça pourrait être à la lecture du livre... je vais tacher de lire Tatiana de Rosnay cette année, c’est sûr !

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  3. June
    Je ne sais pas si cela tient à ta manière de présenter l'histoire ou au roman lui-meme, ce qui est sur c'est que ce livre à l'air particulièrement intense et haletant. J'ai même eu envie de te demander comment toute cette histoire se termine. Je vais m'abstenir bien évidemment, mais ce sont des signes qui ne trompent pas.
    Merci encore'oour ce bel article.
    A bientôt.
    VR

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    1. Très prenant, poignant, dérangeant parfois, tout ce qu'on attend d'un roman qui marque. Merci d'être venu me lire VR ;-)

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  4. Ravie de voir que mon (petit) challenge t'a permis de faire une très belle découverte ! Ca lui donne du sens et me donne envie de continuer à l'organiser, du coup ! ;) Rien de tel que des chroniques enthousiastes ou intenses, comme la tienne concernant ce roman.
    De Tatiana de Rosnay, je n'ai lu que deux romans, l'inévitable Elle s'appelait Sarah et Rose, parce qu'ils ont tous deux un fond historique qui me plaît : la Seconde guerre mondiale et le XIXème siècle. Mais je ne connais Moka que de nom...j'avoue que le fait qu'il se passe à notre époque m'a jusqu'ici incitée à uniquement le survoler sans m'y intéresser vraiment mais, à lire ta chronique, j'ai eu certainement tort ! ^^

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