jeudi 29 avril 2021

Daphné du Maurier


Me revoilà après une longue pause bébé, pendant laquelle j'ai bien sûr poursuivi mes lectures quoi qu'en ralentissant un peu la cadence. Les chroniques prennent du temps alors j'ai jusque là opté pour un format plus bref, moins chronophage, en postant mes lectures sur Instagram. Mais le sens, le contenu me manquent. Je vais reprendre à mon rythme les publications sur Histoire de plumes et je commence aujourd'hui avec Daphné du Maurier. 
Depuis quelques années déjà j'avais dans ma bibliothèque deux livres de Daphné du Maurier, Rebecca et Ma cousine Rachel. J'ai inconsciemment classé Daphné du Maurier dans le genre de la littérature classique, parfois longuette, et c'est pour cette raison que j'ai été si tardive à ouvrir l'un de ses romans. La vie nous a imposé un confinement long et drastique, qui m'a permis de donner du temps à cette lecture.

J'ai donc découvert Daphné du Maurier avec son livre Rebecca
Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien.
Rappelons tout de suite qu'il s'agit là d'un classique de la littérature anglaise, au même titre qu'un Jane Austen, un Charlotte Brontë ou un Bram Stoker bien que plus contemporain. 
Rebecca  emprunte au gothique juste ce qu'il faut pour poser l'ambiance brumeuse de Cornwall,
domaine fait de pierres et de jardins fleuris bercé par le ressac, domaine plongé dans le sommeil depuis la mort de Madame. Le texte est doux, élégant au départ mais prend un virage à mi-lecture en offrant un thriller efficace. La grande force de Daphné du Maurier est sa maîtrise de l'intensité. Au premier abord, l'histoire répond parfaitement aux codes du genre : une jeune fille fraiche et policée, un homme fait et séduisant, un mariage convenable puis une demeure avec domestiques. On s'attend donc à une critique sociale chère à la littérature anglaise, ou une dénonciation de la condition des femmes dans le mariage, ou encore l'ennui d'une jeune mariée une fois le charme rompu et le quotidien installé. C'est là que Daphné du Maurier impose son style subtil qui commence à faire douter le lecteur à chaque chapitre. Un malaise s'insinue et la douce histoire se pare de noir. De non-dits en petites violences, la jeune épouse s'effraie et s'éteint, le gentleman devient monstre et la défunte, poison fatal. 
Hitchcock ne s'y est pas trompé en choisissant de porter à l'écran plusieurs de ses œuvres, dont Rebecca ou encore les fameux oiseaux. Ses livres sont finalement de vrais romans noirs, des romans d'angoisse comme on les aime.

Convaincue par sa prose, il ne m'a pas fallu  longtemps pour sortir des étagères Ma cousine Rachel.
Philip, sans la connaître, déteste cette femme que son cousin Ambroise, avec lequel il a toujours vécu étroitement uni dans leur beau domaine de Cornouailles, a épousée soudainement pendant un séjour en Italie. Quand Ambroise lui écrira qu'il soupçonne sa femme de vouloir l'empoisonner, Philip le croira d'emblée. Ambroise mort, il jure de le venger. Sa cousine, cependant, n'a rien de la femme qu'imagine Philip. Il ne tarde pas à s'éprendre d'elle, à bâtir follement un plan d'avenir pour finir par buter sur une réalité de cauchemar. 
Ma cousine Rachel donc, que j'ai préféré, je crois, à Rebecca. Ce roman là a, ce je ne sais quoi de plus abouti, de plus tendu, de plus visuel, qui offre en son écrin, quiétude, passion, folie, fureur et obsession. Et du voyage aussi, avec cette Italie brûlante et ces Cornouailles paisibles, un mariage qui ne pouvait pas, au fond, finir très heureux. Son héritage non plus. De nouveau la magie de Daphné du Maurier est là, avec cette double lecture possible qui crée un véritable débat pour le lecteur. J'ai d'ailleurs douté jusqu'au dernier chapitre. J'ai relu, pour être bien sûre. 

Voilà un auteur qui confirme sa place dans mon panthéon littéraire tout personnel. 
Je vous y invite sans plus attendre. 

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